Les échanges franco-tchadiens après 1960

Ancien membre de l’Afrique Équatoriale Française, le Tchad obtient son indépendance en 1960. Depuis, l’ex colonie traversa de nombreuses crises (politiques, diplomatiques, humanitaires, économiques) et fut souvent déstabilisée par des conflits armés. Les difficultés économiques rencontrées par le Tchad impactèrent les échanges commerciaux avec l’ancien colonisateur. 3ème plus grand client et 2ème plus grand fournisseur du Tchad en 2011, la France reste aujourd’hui un des principaux partenaires économiques de son ancienne colonie.

De l’indépendance du Tchad en 1960 au coup d’état de 1975

Les échanges franco-tchadiens après 1960 armee-francaise-au-tchad-300x169Dès l’indépendance du Tchad, Paris souhaite garder un lien privilégié avec N’Djamena. Les « accords franco-tchadiens » du 11 août 1960 et les « accords quadripartites » signés le 15 août de la même année ont partiellement pour objectif de perpétuer une relation économique et militaire entre la France et son ancienne colonie. Notons que l’utilisation du Franc CFA par cette dernière renforce sa dépendance économique vis-à-vis de l’ancien colonisateur. En 1960, le Tchad exporte essentiellement des matières premières issues de l’agriculture et de l’élevage : le coton correspond à 60-70% des exportations contrôlées, et la vente de produits issus de l’élevage correspond à 15-20% des exportations contrôlées.

Les accords précédemment cités permirent à des entreprises françaises de détenir des positions avantageuses, voire de véritables monopoles sur les matières premières exportées. Ainsi, la COTONFRAN, exportant majoritairement vers la France, réalise plus de la moitié du chiffre d’affaire total des sociétés productrices de coton. PRODEL, société française détient quant à elle le monopole du traitement et des exportations de la viande. Les exportations tchadiennes sont destinées en grande majorité vers la CEE. Au sein de la communauté européenne, ces exportations sont en grande partie destinées à la France jusqu’à 1975. Ainsi, entre 1964 et 1974, de 67,5% à 90,9% des marchandises tchadiennes seront exportées vers la CEE ; sur la même période, entre 44% et 80% de ces marchandises exportées vers la CEE rejoignent le territoire français.

La quasi-monoculture du coton contribue à rendre le Tchad dépendant des importations de produits manufacturés et biens de consommation courante. La France constitue encore une fois un partenaire privilégié pour les importations de son ancienne colonie : entre 1964 et 1974, de 44,5% à 74,1% des marchandises importées viennent de la CEE, parmi lesquelles 33% à 50% proviennent de l’Hexagone. L’invasion du Nord du Tchad et l’annexion de la Bande d’Aozou par la Lybie en 1973 ne viennent pas impacter les échanges franco-tchadiens : les produits exportés par le Tchad (comme le coton) provenant essentiellement des régions de la moitié sud du pays, et les voies commerciales reliant le Tchad à l’océan Atlantique n’étant pas coupées.

Du putsch du 13 avril 1975 à la restitution de la bande d’Aozou en 1994

Le coup d’état militaire du 13 avril 1975, contre lequel la France ne s’est pas opposée, ne constitue pas un tournant pour les échanges entre les deux pays. En revanche, la guerre civile faisant rage dans l’ancienne colonie et les ingérences libyennes au Tchad viennent directement impacter ces mêmes échanges. Dans notre analyse, nous ne nous penchons que sur les conséquences commerciales qui en découlent. Premièrement, notons que les incursions des troupes rebelles du FROLINAT (Front de Libération Nationale du Tchad) de Goukouni Oueddei, soutenues par les forces de Mouammar Kadhafi, impactent fortement le secteur agricole (coton, gomme arabique, etc.) ; le FROLINAT allant jusqu’à brûler les récoltes de coton ; les exportations du Tchad vers la France diminuent en conséquence. Entre 1977 et 1978 par exemple, celles-ci baissent de 59,2%. Jusqu’à 1984, l’ancien colonisateur restera le principal exportateur de produits manufacturés (83% en moyenne) vers le Tchad.

Un deuxième point majeur à soulever concerne les ventes d’armes de la France à son ancienne colonie de l’AEF. Dans le cadre des « accords de coopération militaire technique » conclus en 1976, Paris a donné son aval à l’aide française au renforcement des capacités militaires tchadiennes. En déclenchant les opérations Manta (1983-1984) et Epervier (débutée en 1986), le gouvernement français cherche à soutenir le gouvernement en place à N’Djamena face à une opération armée soutenue par la Lybie. Bien qu’incomplètes, les données fournies par SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute) renseignent sur la vente de matériel militaire lourd et de nombreux missiles au Tchad entre 1980 et 1987 (vente de 400 missiles anti-char MILAN en 1986, livrés entre 1986 et 1987).

Le cessez-le-feu conclu en mars 1988 entre tchadiens et libyens marque une fin temporaire semble-t’il, selon ce même organisme, des livraisons d’armes française au régime de N’Djamena. Dès lors et jusqu’à la restitution de la bande d’Aozou en 1994, les exportations tchadiennes vers l’ancienne puissance coloniale progressent considérablement et de manière quasi-constante. Ainsi, entre 1987 et 1994, celles-ci progressent de plus de 15.000%, suivant la reprise de l’activité économique tchadienne ; les importations sont en revanche plus irrégulières et oscillent entre 56 M USD et 94 M USD (dollars courant).

De 1994 à aujourd’hui

Premièrement, notons que la fin des ingérences libyennes au Tchad n’implique pas la fin des troubles dans l’ancienne colonie ; il existe toujours une rébellion au régime en place à N’Djamena bénéficiant d’une aide soudanaise. Le président Tchadien Idriss Déby a fait face à une rébellion en 2008 visant à renverser le régime en place. Le soutien militaire français permit au président tchadien de rester en place. En termes d’échanges, ce soutien s’est notamment traduit par la livraison de 25 VTT VAB aux forces loyalistes. Après la fin de la guerre civile en 2010, les ventes d’armes effectuées avec N’Djamena n’ont pas cessé pour autant, comme le confirme l’achat par l’armée tchadienne de 22 Patsas Bastion en 2012.

Au niveau des matières premières, le Tchad s’est préparé dans les années 90 à l’exploitation de l’or noir. Les perspectives de disposer d’une compagnie française exploitant une partie du pétrole tchadien furent stoppées en 1999 lorsqu’Elf-Aquitaine se retira d’un consortium d’exploitants, formé avec Exxon et Shell en 1992 (la compagnie française avait alors racheté les parts de l’industriel américain Chevron). La France participa néanmoins à la construction de l’Oléoduc Tchad-Cameroun, inauguré en 2003 ; bien que les exportations françaises se limitent essentiellement jusque-là à la gomme arabique, l’Hexagone correspond au 1er partenaire économique du Tchad en 2003 : le montant des exportations vers la Métropole avoisine les 5,74 milliards de francs CFA, contre 98,27 milliards de francs CFA pour les importations. Cependant, la rente pétrolière attirant les investisseurs étrangers,  l’ancienne puissance coloniale s’est vue devancée au rang des importateurs de certaines matières premières comme le pétrole ou la gomme arabique, signe d’une perte progressive d’influence économique française (en 2004, le pétrole correspond à 81% des exportations tchadiennes). Ainsi, dans les années 2000, l’influence américaine se fait plus importante au Tchad : l’entourage pétrolier de G.W.Bush et la proximité du Soudan et de la Lybie font de l’ancienne colonie une zone stratégique pour les Etats-Unis. Aujourd’hui, l’or noir de Doba est toujours exploité par un consortium dont les parts sont détenues en majorité par des sociétés américaines.

En 2012, les échanges franco-tchadiens ont été marqués par une accentuation du déséquilibre de la balance commerciale : en arrêtant les importations de pétrole depuis le Tchad pour des raisons de stratégie économique, la France importe presque exclusivement de la gomme arabique depuis son ancienne colonie (à hauteur de 97% des importations). Les exportations françaises vers le Tchad restent bien plus diversifiées (biens d’équipement, instruments médicaux, etc.) et se chiffrent à 125 M EUR, contre 8,8M EUR pour les importations. Aujourd’hui, le développement de l’industrie tchadienne n’est pas en mesure de garantir une diversification des marchandises exportées vers la France. Ce manque de développement économique rend également le pays dépendant des importations de marchandises (instruments médicaux, etc.) provenant en grande partie de France.

Au final, le volume et la nature des échanges franco-tchadiens ne semble voués à évoluer que très lentement, en fonction du développement de l’économie tchadienne. La stratégie énergétique française et l’état de stabilité du régime du Président Idriss Déby constituent deux facteurs majeurs qui pourront fortement impacter le commerce bilatéral entre les deux Etats.

Pierre Bertin (infoguerre.fr)



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