Tchad : des performances économiques en dents de scie

Tchad : des performances économiques en dents de scie dans ECONOMIE 3925108447_12b02863a7-300x219Le pays affiche la meilleure croissance de la région en 2012. Le problème est qu’elle reste totalement dépendante des revenus pétroliers, des aléas météorologiques et du climat des affaires.

Si l’on se contentait de regarder le taux de croissance de son PIB pour 2012, qui caracole à 7,3 % selon les estimations du Fonds monétaire international (FMI), on pourrait s’enthousiasmer et se dire que le Tchad va décidément beaucoup mieux. Mais il suffit d’observer d’un peu plus près son évolution pour comprendre que le pays est malheureusement un habitué des résultats en dents de scie. D’ailleurs, le FMI prévoit une croissance beaucoup plus molle pour 2013 : 2,4 %.

Principalement dépendante des secteurs pétrolier et agricole, l’économie tchadienne peine à se stabiliser et à trouver son rythme de croisière. En 2012, si les cours élevés de l’or noir - 111,70 dollars (84,50 euros) le baril en moyenne annuelle - ont permis l’entrée de devises, les faibles pluies ont directement affecté l’agriculture et l’élevage. « L’agro-industrie a souffert, car elle dépend encore des aléas climatiques, rapporte ainsi Joseph Pagop Noupoué, responsable du Tchad et du Cameroun au cabinet Ernst & Young. L’élevage manque d’investissements structurants pour industrialiser la filière. Le coton, quant à lui, reste désorganisé (semences en retard, manque de confiance des producteurs…) et la production est en baisse.»

Irrégulière, la croissance est aussi insuffisante pour réduire la pauvreté, qui touche encore plus de la moitié de la population… Bon dernier des six pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) en termes de développement humain, selon le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), le Tchad pointe au 183e rang sur 187 États classés au niveau mondial.

Seul recours des autorités pour atténuer l’insoutenable cherté des produits de base et répondre à la grogne sociale : maîtriser l’inflation. Inférieure à 2 % en 2011, elle devrait, après une hausse qui l’a fait flirter avec les 5 % en 2012, être ramenée aux alentours de 3 % en 2013 selon les prévisions du FMI. Et pour cause : « La volonté de l’État de sécuriser le présent le pousse à maintenir ses subventions pour soutenir le pouvoir d’achat de la population et limiter l’inflation », explique Joseph Pagop Noupoué. Si cette politique n’est pas des plus recommandées par les institutions de Bretton Woods - elle est même franchement bannie -, elle a le mérite de faire frémir la consommation, aidée par l’arrivée d’enseignes sud-africaines. Mais, ainsi que le soulignait le FMI fin septembre, à l’issue d’une mission à N’Djamena, seuls des progrès dans la discipline budgétaire et des réformes dans la gestion des finances publiques pourront permettre au Tchad de stabiliser son cadre macroéconomique et de favoriser l’essor du secteur privé, ainsi que de la consommation.

Talon d’Achille

Représentant environ 40 % du PIB, c’est le secteur pétrolier qui a une nouvelle fois tiré l’économie vers le haut l’an dernier. L’attribution de nouveaux permis a en outre attiré des investissements, et China National Petroleum Corporation (CNPC) envisage la mise en production de nouveaux puits cette année. L’entrée récente en production de la raffinerie de N’Djamena, la cimenterie de l’homme d’affaires nigérian Aliko Dangote et la hausse de la production d’électricité ont par ailleurs dynamisé le secteur industriel. La capacité de production énergétique demeure cependant le talon d’Achille du pays ; elle serait bien en deçà des besoins si les usines se développaient. L’effort doit donc être maintenu.

Les activités tertiaires sont quant à elles surtout portées par le secteur bancaire, dont la santé s’est légèrement améliorée, après une année 2011 chaotique, grâce à la recapitalisation des banques en difficulté. Mais le poids de l’État y est préoccupant : il est présent dans le capital de près de la moitié des établissements, et la forte concentration du crédit vers le secteur public et ses fournisseurs constitue un risque important pour les banques. Pour relever le taux de bancarisation encore très faible (5 %), le pays mise par ailleurs sur le développement des outils monétiques et du mobile banking (ensemble de services bancaires accessibles sur un téléphone mobile), qui devrait en outre stimuler les télécoms. « La téléphonie se cantonne encore à des activités de base, notamment à cause du faible taux d’alphabétisation et de l’accès limité aux nouveaux outils », relève Joseph Pagop Noupoué.

Dans sa recherche de diversification économique, le Tchad est très dépendant des investissements étrangers. Le pays est attrayant, en particulier dans trois secteurs : le pétrole, l’agro-industrie et les infrastructures (dont l’eau et l’énergie, avec des projets photovoltaïques intéressants). Si « le climat des affaires reste défavorable à l’éclosion du secteur privé », comme l’a souligné la mission du FMI en septembre 2012, les temps commencent à changer. La gouvernance, encore peu transparente, donne des signes d’amélioration, notamment dans l’application des lois et avec le lancement de l’opération Cobra pour lutter contre les mauvaises pratiques et la corruption. En octobre dernier, le Tchad est par ailleurs devenu le premier pays exportateur de pétrole à publier, dans le cadre de l’Initiative pour la transparence des industries extractives, ses revenus liés à l’utilisation d’un oléoduc (celui le reliant au Cameroun).

Échanges

N’Djamena fait aussi face à d’autres défis, parmi lesquels le développement de ses relations commerciales dans la région. « Alors que les deux pays furent des ennemis jurés, la Libye était devenue un partenaire économique de poids qui avait beaucoup investi au Tchad. Aujourd’hui, les relations sont quasiment rompues », remarque Joseph Pagop Noupoué.

Des liens existent avec le Cameroun (notamment dans le domaine pétrolier), tandis que le Nigeria est un partenaire pour le commerce informel. Mais le Tchad se tourne vers d’autres voisins. Le gouvernement a notamment compris qu’il pourrait bénéficier d’une amélioration de ses échanges avec les deux Soudans. Tandis qu’avec le Niger la coopération se fera sur les hydrocarbures, puisque le pétrole nigérien sera évacué par le Tchad avant de rejoindre le port de Kribi, au Cameroun.

Source: jeuneafrique.com

 


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