Abdou Zeid et Belmokhtar : Morts ou pas morts ?

Abdou Zeid et Belmokhtar : Morts ou pas morts ? dans ACTUALITES 5131573-7657976-300x199Depuis quelques jours, il n’y a plus que pour ça : les hauts faits d’armes de l’armée tchadienne au Mali. Un breaking news, comme diraient nos confrères anglophones. Au point de reléguer au second plan, voire de les éclipser, les jérémiades de la CEDEAO, confrontée à un obstacle financier sur sa feuille de route qui doit la mener dans le désert malien.

Au point également de faire oublier les imprécations du président tchadien, Idriss Deby, contre ses frères d’armes maliens qu’il invite à monter, presto, au front. Nul doute que l’homme fort de N’Djamena faisait allusion à l’agité capitaine Amadou Sanogo. Ce dernier  ayant perpétré un coup d’Etat pour, disait-il, se donner les moyens d’aller traquer les islamistes mais qui, depuis, est retranché à la garnison de Kati, malmenant la transition pour assouvir ses ambitions personnelles. Au point, enfin, de faire passer sous silence le petit débat sur le calendrier électoral fixant la présidentielle malienne en juillet.

Oui, ce sont les soldats tchadiens qui occupent le devant de la scène  et du front.

Jeudi passé, en effet, l’armée tchadienne, qui mène une offensive dans le massif de l’Adrar des Ifoghas où se sont repliés les terroristes, a annoncé la mort  d’Abou Zeid, chef historique d’une des Katibas (phalanges) d’AQMI et spécialiste de l’enlèvement d’otages européens.

Alors qu’on n’a pas encore fini de spéculer sur la véracité de cette annonce, voilà que le Tchad nous apprend encore qu’un autre prestigieux trophée vient de s’ajouter à son tableau de guerre : la tête de Mokhtar Belmokhtar.

Pour mieux appréhender l’importance de ces deux événements, si les informations données par N’Djamena sont avérées,  revenons sur les présumés tués.

Abou Zeid, né au sud d’Alger, a d’abord été dès son jeune âge, membre du Front islamique du salut (FIS) avant de basculer dans la lutte armée lorsque ce mouvement a été empêché d’exercer le pouvoir après avoir remporté les premières législatives pluralistes en Algérie.

En 2003, il fera beaucoup parler de lui avec  la prise d’otages de 32 touristes européens par le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC). Présenté comme un homme violent et brutal, il multiplie les prises d’otages, parmi lesquels l’Anglais Edwin Dyer et le Français Pierre Camatte.

Quant à Mokhtar Belmokhtar, il est lui aussi Algérien. Après avoir combattu les troupes soviétiques en Afghanistan où il a perdu un œil, d’où son surnom de « Le borgne ». Il fait de l’enlèvement de ressortissants européens une cash machine tout en contrôlant un juteux trafic de stupéfiants.

En bisbille avec  Abou Zeid, Belmokhtar crée sa propre organisation : les « Signataires du sang ». Il s’est illustré récemment avec la prise d’otages du site gazier d’In Amenas en Algérie, quelques jours après l’intervention française au Mali.

Jusque-là, il n’y a que la source tchadienne qui annonce la disparition des deux Ayatollahs des groupes islamiques du sahelistan.

Alors : Abou Zeid et Belmokhtar, morts ou pas morts ?

En tous les cas, si dans cette histoire macabre il devrait y avoir quelque chose d’agaçant, ce serait  l’attitude de certains grands médias français. Usant de la nécessaire précaution oratoire dans la relation des faits, ces derniers répètent à l’envi que l’élimination des deux caïds religieux «n’est pas encore confirmée par Paris ».  Comme  pour dire que la parole de Deby, fut-il président, ne vaut pas celle d’un employé de l’Elysée, fut-ce un obscur fonctionnaire. Alors, méfiance, méfiance, reméfiance.

Que la France et les autres pays européens aient plus de moyens logistiques pour vérifier  une telle information, nul n’en doute.  Mais de là à avoir une attitude quelque peu condescendante relève d’un comportement  franchouillard et donc  quelque peu détestable.

Entre le nihil obstat (rien ne s’y oppose) des Américains, lesquels semblent accorder foi aux informations tchadiennes, et le scepticisme outrageux à la limite de la dénégation des Français, on ne sait plus à quel évangile prêter l’oreille.

De toute façon, tout va finir par se savoir, car Abou Zeid et Belmokhtar ne sont pas des hommes dont la mort ou la vie passe inaperçue.

Au-delà du débat en sourdine sur l’authenticité ou non de l’info sur la neutralisation des deux prédicateurs salafistes, une chose est sûre : ce sont les soldats du président Deby qui livrent la poitrine aux balles assassines des islamistes pour sauver le Mali. Une guerre par procuration, à la vérité. Cette situation met à nu l’apathie criarde et l’inertie déconcertante de la CEDEAO. A l’inverse, elle présente le Tchad comme une puissance militaire en devenir, sinon confirmée, dans la région. Une suprématie militaire forgée tout au long d’une histoire chaotique faite d’interminables guerres depuis les années 60.

Pour terminer, quittons ces querelles byzantines pour signaler que même si la chute des deux têtes pensantes d’AQMI venait à être confirmée, ce serait certes un sérieux coup porté à la pieuvre salafiste, mais pas encore sa mise à mort.

Dans un autre registre, elle pose problème sur le sort des otages. Seraient-ils toujours en vie après les violents combats qui auraient permis de dézinguer les deux chefs islamistes ? Si oui, quelle attitude les survivants dhjihadistes adopteront-ils désormais à l’égard de ce qui leur servait de bouclier humain ?

Autrement et peut-être  cruellement dit, les orphelins d’Abou Zeid et de Belmokhtar, par sentiment de vengeance, ne vont-ils pas exécuter les otages ?

Personne n’ose s’avancer sur ce terrain.

En attendant donc que la vérité sorte des grottes du Nord-Mali, la multiplication de ces accrochages violents est plus que la preuve que passée la ballade quasi touristique des premiers jours des troupes franco-tcahidiennes, sous l’œil des caméras, ce conflit est maintenant à l’image de tous les autres. Et l’opération Serval commence à compter ses morts, puisqu’un troisième militaire français est tombé ce week-end sur le champ d’honneur.

 


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