Afrique: le top 10 des accros au pouvoir

Kadhafi, Obiang, Dos Santos, Mugabe… L’Afrique compte quelques chefs d’Etat au pouvoir depuis… très longtemps. Palmarès des records de longévité présidentielle.

chefsdetatsafricains.jpg«En Afrique, on ne peut pas désigner quelqu’un du doigt en disant qu’il est un ancien chef.» Cette phrase qu’aimait répéter l’Ivoirien Félix Houphouët-Boigny explique que l’alternance politique ne soit pas la valeur la mieux partagée en Afrique. Quand on a du mal à transmettre à ses enfants le sceptre présidentiel, on s’y accroche d’années en décennies. Le Nigérien Mamadou Tandja aura payé de sa réputation cet appétit insatiable. Mais son expérience ne semble guère servir de leçon.

1. Mouammar el-Kadhafi, Libyen, 69 ans. 42 ans au pouvoir

Il prétend échapper aux statistiques puisqu’il n’occupe pas officiellement le poste de Président. Fils de paysan bédouin, ce capitaine autoproclamé colonel est pourtant de facto le dirigeant de la Libye depuis le coup d’Etat du 1er septembre 1969, poste auquel il renonce officiellement en 1977, lorsqu’il transforme son pays en Jamahiriya («Etat des masses»). Fantasque, amateur de chameaux et d’amazones, le guide de la Révolution de la «Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste» espérait devenir le premier chef des Etats-Unis d’Afrique. En 2009, au XIIe sommet de l’Union africaine, à Addis Abeba, il revendiquait, cette fois, le titre de «roi des rois d’Afrique». Kadhafi a vu défiler huit présidents américains. Mais, maintenant, son pouvoir semble menacé…

2. Teodoro Obiang Nguema, Equato-guinéen, 69 ans. 32 ans de pouvoir

Militaire spécialisé dans la conduite des véhicules, il est le neveu de Francisco Macías Nguema qui fut élu, en 1969, président de la République de l’ancienne colonie espagnole. Pistonné, Obiang gravit les échelons de la hiérarchie militaire, jusqu’au titre de vice-ministre des Forces armées populaires de Guinée équatoriale, en 1979. Il en profite pour renverser son oncle (qui sera fusillé), prendre le pouvoir comme président du Conseil militaire suprême avant d’être nommé, en 1982, Président de ce véritable émirat pétrolier. Il sera «élu» en 1989, puis réélu en 1996, en 2002 et en 2009. Score moyen: 98,19% des suffrages exprimés. On prête des pouvoirs exorbitants à sa famille, notamment son épouse et son premier fils, Teodorín. Teodoro Obiang Nguema occupera, jusqu’en janvier 2012, le fauteuil de président en exercice de l’Union africaine.

3. José Eduardo dos Santos, Angolais, 69 ans. 32 ans de pouvoir

Fils d’un tailleur de pierre, militant très tôt contre le joug colonial portugais, Dos Santos est désigné, en 1979, successeur du père de l’indépendance angolaise Agostinho Neto. Sa présidence trentenaire est marquée par la longue guerre civile qui aurait fait 30.000 morts. Tout au long de ces années, il préside le marxiste-léniniste Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA) et affronte l’Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola (Unita) de Jonas Savimbi. Ce dernier sera tué en 2002. La nouvelle Constitution du pays, adoptée en 2010, ne prévoit plus l’organisation d’élections présidentielles, mais la désignation, comme président de l’Angola, du président du parti arrivé en tête aux élections législatives. Un boulevard pour Eduardo Dos Santos?

4. Robert Mugabe, Zimbabwéen, 87 ans. 31 ans de pouvoir

Même s’il a occupé des postes différents au sommet de l’Etat, on considère qu’il est au pouvoir depuis son accession au poste de Premier ministre en 1980. Il est formellement élu président de la République le 31 décembre 1987. Héros de l’indépendance de l’ancienne Rhodésie du Sud, ancien chef de guérilla, il a progressivement plongé le Zimbabwe dans une dictature ethno-nationaliste et dans la déchéance économique. Son pays était le grenier à blé de l’Afrique. Il a souffert, sous Mugabe, d’une inflation surréaliste et de pénuries alimentaires. S’il a accepté de partager le pouvoir, en 2008, avec l’opposant Morgan Tsvangirai, Robert Mugabe conserve ses prérogatives présidentielles. Il est le plus âgé des chefs d’Etat d’Afrique en exercice.

5. Paul Biya, Camerounais, 78 ans. 29 ans de pouvoir

Fils d’un catéchiste, lui-même destiné à la prêtrise, Paul Biya’a Bi Mvondo se lance rapidement dans la politique. Dès 1962, il devient chargé de mission à la présidence de la République dans le gouvernement du président Ahmadou Ahidjo. Il deviendra Premier ministre, en 1975, avant la démission du chef de l’Etat, en 1982. Biya s’engouffre dans la brèche et devient le second président de la République du Cameroun, le 6 novembre 1982. Les premières élections multipartites se tiennent en 1992. Biya est élu Président en 1997 et en 2004. En 2007, il annonce son intention de modifier la Constitution qui limite alors le mandat présidentiel à deux exercices. Celui qui se fait appeler l’«homme-lion» entend bien se succéder à lui-même en novembre 2011. Il faut dire que «Popol» ne fait pas grand-chose pour s’user. Il a une réputation de «roi fainéant»…

6. Yoweri Museveni, Ougandais, 67 ans. 25 ans de pouvoir

Fils d’un riche propriétaire terrien, il est lui-même considéré, aujourd’hui, comme un millionnaire en dollars. Souvent exilé, au Mozambique ou en Tanzanie, il s’oppose successivement aux présidents ougandais Milton Obote et Idi Amin Dada. Battu aux élections de 1980, Museveni met sur pied l’Armée de résistance nationale, une guérilla qui prend le pouvoir en janvier 1986. D’abord marxiste, il se mue en «bon élève du FMI» et parangon des «new leaders» promus par l’administration américaine, quand bien même il considère le multipartisme comme un concept exclusivement occidental. Il est souvent accusé d’être intervenu —moyennant diamants de Kisangani et or d’Ituri— dans le conflit du Zaïre voisin, aux côtés de Laurent-Désiré Kabila puis de Jean-Pierre Bemba. Après avoir modifié la Constitution, il est réélu président de la République en février 2011. Un groupe de députés de la majorité envisage de réviser encore la Constitution pour allonger le mandat présidentiel de cinq à sept ans…

7. Blaise Compaoré, Burkinabè, 60 ans. 24 ans de pouvoir

L’actuel chef de l’Etat burkinabè prend les armes, en août 1983, pour servir le pouvoir à Thomas Sankara alors emprisonné. Après quatre ans de gestion collective d’un pouvoir révolutionnaire, le président Sankara est assassiné. Le capitaine Compaoré devient le numéro un et décrète la «rectification». Le pays s’ouvre au multipartisme en 1991. Compaoré est élu président du Burkina Faso en 1998, 2005 et 2010. Les bailleurs de fonds apprécient que ce champion de la médiation sous-régionale ne fasse plus de vagues. Le «doyen» de l’Afrique de l’Ouest modifiera-t-il l’article 37 de la Constitution de 1991? Celle-ci stipule qu’il vient d’entamer son dernier mandat…

8. Omar el-Bechir, Soudanais, 67 ans. 22 ans de pouvoir

Omar Hassan el-Bechir est un militaire pur jus. Il sert dans l’armée égyptienne pendant la guerre du Kippour, en 1973, conduit, à son retour, des opérations militaires contre l’Armée de libération du Soudan au sud du pays, devient général dans les années 1980 et mène le coup d’Etat militaire de 1989 qui renverse le Premier ministre élu Sadeq al-Mahdi. Il dissout tous les partis politiques, ainsi que le Parlement, et prend la tête du Conseil du commandement révolutionnaire pour le salut national. Il devient tout à la fois chef de l’État, Premier ministre, chef des forces armées et ministre de la Défense. Il passera les années 2000 à négocier avec les sécessionnistes du Sud du pays et à jouer un rôle plus qu’ambigu dans la guerre civile au Darfour. Réélu président en 2010, l’ancien chef de guerre el-Béchir souffle toujours le chaud et le froid, depuis le résultat du référendum qui prévoit l’indépendance du Sud-Soudan. Une épée de Damoclès plane sur sa tête: il est le premier chef d’Etat en exercice à être sous le coup d’un mandat d’arrêt international de la Cour pénale internationale pour crime de guerre, crime contre l’humanité et génocide dans le cadre de la guerre civile au Darfour.

9. Idriss Déby Itno, tchadien, 59 ans. 21 ans de pouvoir

Le 7 juin 1982, Habré entre dans N’Djamena avec Déby à ses côtés, poussant le président Goukouni Oueddei à s’exiler en Algérie. Promu Lieutenant-colonel, il se rend en France où il suit les cours de l’École de guerre inter-armées. De retour au Tchad, il est nommé conseiller d’Habré pour la défense et la sécurité. En 1989, rien ne va plus entre Déby et Habré mais aussi son propre cousin, Hassan Djamous, qui l’a remplacé au poste de commandant en chef et son demi-frère Ibrahim Mahamat Itno, ministre de l’intérieur.

Accusés de complot, les trois hommes prennent la fuite le 1er avril 1989 (cette action est communément appelée l’action du premier avril). Tandis que le colonel Hassan Djamous est blessé et capturé par les hommes de Hissène Habré, et son cousin Ibrahim Mahamat Itno tué, Idriss Déby réussit à gagner la Libye, puis le Soudan où il crée en mars 1990 le mouvement rebelle du Mouvement patriotique du Salut (MPS). Le 1er décembre 1990, ses forces s’emparent de Ndjamena et chassent Habré qui se réfugie au Sénégal. Déby est alors porté à la présidence du Conseil d’État dès le 4 décembre puis désigné président de la République par le MPS, transformé en parti politique, le 28 février 1991 après l’adoption d’une charte nationale qui accorde tous les pouvoirs au président et reporte à 30 mois l’instauration du multipartisme. Lors de son investiture, il promet la tenue d’une conférence nationale ayant pour tâche principale l’élaboration d’une nouvelle constitution.

Il est élu président pour un premier mandat en 1996 puis pour un second mandat en 2001. Le 21 décembre 1999, 13 mouvements politico-militaires et partis politiques s’unissent dans le but de renverser le régime qui se centralise progressivement sur le président. En 2000, on estime à 25 000 morts le bilan du régime.

Le 26 mai 2004, les députés adoptent une modification constitutionnelle qui lève la limitation des mandats présidentiels auparavant fixée à deux. En avril 2006, les rebelles sont sur le point de renverser le régime mais les forces françaises présentes sur place permettent le retour précipité d’Idriss Déby qui se trouvait en visite en Guinée équatoriale pour un sommet de la CEMAC. Il est réélu pour un troisième mandat le 3 mai 2006 avec 64,67 % des suffrages exprimés, un mois après l’attaque manquée menée par le Front uni pour le changement (FUC) du capitaine Mahamat Nour (un des mouvements rebelles en lutte contre le pouvoir) sur N’Djamena le 13 avril.

En février 2008, les rebelles tchadiens du Commandement militaire unifié (CMU) qui est composé du RFCTiman Erdimi, de l’UFDD de Mahamat Nouri et du CNT de Hassan Al Djineidi lancent une seconde offensive pour prendre N’Djamena. Début février 2008, il a donc de nouveau à faire avec des attaques rebelles sur Ndjamena qui entraînent le rapatriement des expatriés français vers le Gabon et la France. Il subit un revers à la bataille de Massaguet le 1er février et doit repousser l’assaut sur la capitale du 2 au 4 février. Trois fois plus nombreux à s’élancer du Soudan, une fois en ville, les rebelles cernent le palais présidentiel le 2 février. Encerclé dans son palais, le président tchadien appelle plusieurs fois dans la journée le président français à l’aide. Celui-ci lui propose l’exil en territoire francais.

Le 7 février, il échappe de justesse à une tentative de renversement et exhorte l’Union européenne de dépêcher au plus tôt la force de paix EUFOR dont le contingent principal est français.

Le 25 avril 2011, il est réélu pour un quatrième mandat dès le premier tour de l’élection présidentielle par 88,7 % des voix, face à Albert Pahimi Padacké ( 6%) et Madou Nadji (5,3 %). (Wikipedia)

10. Issayas Afewerki, érythréen, 65 ans. 18 ans de pouvoir

S’il n’est que dixième dans ce top ten, Issayas Afewerki peut tout de même revendiquer un record: il a été l’unique chef d’Etat de l’Erythrée indépendante. Son pays n’a obtenu qu’en mai 1993 sa pleine souveraineté vis-à-vis de l’Ethiopie à laquelle il était fédéré depuis la colonisation italienne. L’ingénieur marxiste Afewerki lutte, des années durant, dans le Front de libération de l’Erythrée (FLE) puis dans le Front populaire de libération de l’Erythrée (FPLE), à dominante chrétienne, alors que le FLE était plutôt musulman. Au pouvoir, Issayas Afewerki instaure un régime à parti unique, sans élections, s’appuie sur une économie centralisée, restreint la liberté de la presse, emprisonne les contestataires et fait preuve d’un interventionnisme dangereux dans la corne de l’Afrique…

Hors catégorie dans ce palmarès, mention spéciale à Denis Sassou-Nguesso (Congolais, 68 ans). S’il n’a pas réussi à se maintenir quinze ans de suite au pouvoir, «Sassou» est parvenu à effectuer deux «tranches». Il a été président de la République populaire du Congo de 1979 à 1992 et il est, depuis 1997, le président en exercice de la République du Congo. Il totalise donc, au total, vingt-sept ans sur un fauteuil suprême entre-temps occupé par Pascal Lissouba…

Source: slateafrique.com

 


Un commentaire

  1. abdel dandi dit :

    c est admirable ce ue fait ce sites nous y participerons

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