Libye. Les structures politiques des insurgés

Pour représenter la société dans les zones libérées de Kadhafi, l’opposition libyenne a installé trois conseils dont celui dit de transition qui joue un rôle majeur. Enquête à Benghazi.

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Installée dans la grande ville de la Cyrénaïque, l’est de la Libye, la direction de l’opposition a créé trois entités : le Comité de la coalition, le Conseil national de transition (CNT) et le Conseil militaire. Le premier est composé de membres de la société civile – juristes, avocats, enseignants, universitaires – qui ont joué un rôle dans la révolution. Le CNT est composé, selon Mohammad Fanouch, directeur de la bibliothèque de Benghazi, qui en fait partie, de personnalités reconnues et choisies de façon à représenter l’ensemble du territoire libyen. Enfin, le Conseil militaire est essentiellement composé d’officiers.

Le Conseil national de transition est, de loin, le plus important politiquement. Il s’est réuni pour la première fois le 5 mars, sous la direction de Mustapha Abdujalil, ancien ministre de la Justice de Kadhafi. Un choix qui peut paraître étonnant. Mais pour Mohammad Fanouch, « Abdujalil a une histoire d’opposant à Kadhafi, y compris quand il était au gouvernement. Il est la figure la plus importante qui a soutenu la révolution depuis le début ». Les noms des membres de ce conseil sont, en partie, tenus secrets pour des raisons de sécurité. « Leurs familles pourraient avoir des problèmes », nous a-t-on dit.

Le CNT affirme que le rôle important joué par la jeunesse libyenne a été déterminant d’où sa volonté de lui accorder une place en son sein. Il s’agit de Fathi Terbel, un avocat. Interrogé sur les sensibilités politiques du CNT, Mustapha Guiriani, son porte-parole, esquive en partie la question : « Le conseil est homogène, affirme-t-il. Ce sont tous des Libyens, laïcs. Il n’y a pas de partis extrémistes. Par exemple, il n’y a pas de communistes. »

Si le conseil siège au palais de justice de Benghazi, peu de Libyens ont en réalité accès aux délibérations. Salwa Boughaghis, avocate, est membre du Comité de la coalition. « Nous sommes là essentiellement comme une instance de régulation du CNT, explique-t-elle. Nous voulons voir ce qui se passe à l’intérieur et être un lien entre le Conseil national de transition et la population. » Il n’est cependant pas certain que Salwa Boughaghis, comme les autres membres du Comité de coalition, puisse influer sur les orientations politiques. « Vingt-trois jours, c’est court, s’excuse-t-elle presque. On n’a pas organisé cette révolution, on n’est pas composé de partis politiques. » Ainsi, le CNT a mandaté Mahmoud Jibril et Ali Al Eisawi pour le représenter auprès de la communauté internationale, « afin d’obtenir la reconnaissance du Conseil national de transition », comme le stipule le premier communiqué du CNT, en date du 5 mars.

C’est Mahmoud Jibril qui a ainsi obtenu de Nicolas Sarkozy cette reconnaissance tant recherchée mais que Paris est seul à avoir accordée. Pourquoi ? C’est toute la question. « J’apprécie beaucoup l’initiative de Sarkozy, souligne Mohammad Fanouch. À mon avis, la France et les pays qui prendront l’initiative de la reconnaissance du CNT auront la priorité dans l’avenir dans le cadre de nos relations politiques et économiques. » Nicolas Sarkozy avait accueilli Muammar Kadhafi en grande pompe en France et avait signé de nombreux contrats – notamment militaires – avec lui. Des armes qui se retournent aujourd’hui contre les jeunes Libyens ! « Un citoyen de Benghazi a même donné une villa destinée au gouvernement français, afin qu’il l’utilise comme ambassade », se réjouit Fanouch.

« No foreign military needed in Libya internal affairs » (pas besoin d’intervention militaire étrangère dans les affaires internes libyennes), peut-on lire sur le mur du centre de presse rapidement créé à Benghazi. Une formule qui est l’œuvre d’un de ces milliers de jeunes qui ont fait la révolution mais qui ne semblent pas vraiment être pris en compte par le Comité national de transition. « Il faut une interdiction de survol concernant les zones stratégiques », martèle Mustapha Ghiriani. Et comme Salwa Boughaghis, il demande un « bombardement par les Occidentaux des infrastructures de Kadhafi », tout en ajoutant aussitôt qu’ils refusent « toute intervention terrestre ». Et Ghiriani d’ajouter : « On aimerait dire à Sarkozy que la France devrait nous aider comme elle a aidé le Tchad contre la Libye », référence à la « discrète » intervention française, quand le torchon brûlait entre N’djamena et Tripoli, quand Kadhafi n’était pas encore redevenu l’ami des pays occidentaux.

Source: www.humanite.fr

 


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