Justice ou bon voisinage, le Tchad a choisi

elbechir.jpgDepuis que la Cour pénale internationale (CPI) a émis un mandat d’arrêt contre lui, en mars 2009, le président soudanais Omar el-Béchir s’est fait un malin plaisir de voyager, à plusieurs reprises, à l’étranger. Mais c’est la première fois qu’il se rendait dans un pays ayant reconnu la compétence de la Cour installée à La Haye, aux Pays-Bas. Malgré les pressions internationales, notamment celles des Occidentaux, le Tchad a refusé, hier, d’arrêter l’homme fort de Khartoum, venu à N’djaména pour participer à un sommet régional sur la sécurité.

Idriss Déby Itno a ainsi donné clairement la priorité au processus de réconciliation en cours avec son grand voisin de l’est, le Soudan. Durant des années, les deux pays ont été au bord de la guerre en raison de la situation au Darfour, la grande province située à l’ouest du Soudan. Par rébellions interposées, Tchadiens et Soudanais se sont régulièrement affrontés, jusque dans leurs capitales respectives.

Après des années de médiations infructueuses – française, libyenne, saoudienne – les deux pays se sont engagés depuis peu dans une « opération réconciliation » pour des raisons avant tout d’opportunisme politique: Déby veut prolonger son bail à la tête de l’Etat tchadien l’an prochain et Béchir, qui fera face au référendum d’autodétermination du Sud-Soudan début 2011, ne peut agir sur plusieurs fronts en même temps. 

Ce spectaculaire rapprochement fait donc une victime collatérale: la justice internationale. Soutenu par l’Union africaine, le pouvoir de N’djaména réfute les critiques internationales, affirmant n’avoir de leçon à recevoir de personne. Sans doute pas des Etats-Unis qui n’ont toujours pas ratifié le statut de Rome.

Même si on peut le regretter, le Tchad n’est pas le premier ni le dernier pays à privilégier le réalisme politique sur toute autre considération. Dans les années 90, les Occidentaux – Français, Britanniques et Américains – ont pris soin de ne pas arrêter les leaders serbes de Bosnie, Radovan Karadzic et Ratko Mladic, pourtant recherchés par le Tribunal pénal international de La Haye. Dans ses mémoires, l’ex-procureure Carla del Ponte raconte aussi comment elle a été lâchée par les chancelleries occidentales quand il s’est agi de lancer des « enquêtes spéciales » sur des crimes imputés aux proches de Paul Kagamé, l’actuel président du Rwanda.

Malgré ce revers subi au Tchad, les partisans de la justice internationale pourront se consoler en notant que, après des années de clandestinité, Radovan Karadzic, arrêté à Belgrade en 2008, fait actuellement face à ses juges à La Haye.

photo Reuters: le président du Soudan Omar el-Béchir sur le tarmac de l’aéroport de Khartoum, le 21 juillet, en partance pour le Tchad.

 


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